I’ve Been in The Storm So Long

Çà n’arrive plus si souvent. Mâchoires serrées, gorge nouée. Ce qui a donné son nom à cet espace, l’hystérie silencieuse. Oxymore âpre en bouche, râpe râpe râpe et râpe encore les mots avant qu’ils ne sortent. Ça n’arrive plus si souvent c’est vrai. Maintenant, les mots affluent, se bousculent, s’entrechoquent les uns les autres en surgissant comme un torrent fou. La digue a cédé, j’inonde les autres avec mes paroles, pas toujours très belles, pas toujours assez réfléchies. C’est que ça tourbillonne pas mal là-dedans, alors parfois, splash! tout est éclaboussé.

Et puis sans prévenir, quand l’attaque de l’autre – consciente ou pas- se fiche sous la langue, je me sens me recroqueviller en moi-même. La porte se ferme, le pilote automatique entre en fonction. Adieu les mots, adieu l’affirmation de soi. S’effacer, disparaître, ne plus rien faire qui puisse être remarqué ; ou plutôt si, écraser le monde de son silence, comme sous une avalanche de cailloux. Je me vois du dedans, comme une petite bille oubliée dans un coin de pièce.

Alors les mains prennent le relais. Il faut que je fasse plutôt que de dire. Au Pigeonnier, c’est facile. Il y a toujours tant à faire que cette efficacité soudaine, cette énergie glaçante est toujours mise à bonne contribution. A la maison, c’est plus difficile. Quand le loup entre dans son propre refuge, où se cacher? Vaisselle, rangement, tricot. Le fil d’Ariane danse entre mes aiguilles. Une maille après l’autre, je retricote les petits morceaux de moi-même que je laisse les autres dévorer. L’agitation des mains pour contrebalancer le chaos du dedans. Grandiloquence de l’oxymore, grand guignolesque des sensations.

La poussière qui se voulait planète.

Çà n’arrive plus souvent : c’est sans doute pour ça que ça me fait si mal.

Chut! 

 

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So You’ll Aim Towards the Sky

L’Univers figé dans une gaine de givre. Première image de 2015 : la campagne blanche, les arbres glacés, comme des statues de cristal. Une année se termine dans la brume, une autre commence sous le soleil. Toute la matinée, j’ai regretté de ne pas avoir prévu la bonne tenue pour aller vadrouiller dans les chemins et faire crisser l’herbe sous mes semelles. Qu’il aurait été agréable de sentir la fraîcheur sur le bout de mon nez, et de rire aux éclats en m’emmitouflant un peu plus dans mon châle!

« On dirait qu’elle arrive du Pôle Nord » Petit pincement au cœur dans cette cuisine qui ressemble un peu à celle de la tante disparue. La même bassine dans l’évier, pour ne pas gaspiller l’eau, les mêmes poupées anciennes vêtues de laine… Le rituel de la famille de l’Amoureux devient peu à peu le mien, et la douceur de la tarte au fruits et du vin moelleux se superpose aux souvenirs. « Vous viendrez manger une galette des rois dimanche, hein ? » disait-Elle toujours au commencement de l’année. Tout résonne, de verre en verre, de tasse en tasse. Ce n’est pas le même café, pas la même main un peu tremblante, ni le même chandail bleu, ce n’est pas Elle, et pourtant, ça y ressemble.

Le premier jour de la nouvelle année.

Je chuchote en moi-même les résolutions. Je ne sais pas si elles sont « bonnes » ou « mauvaises ». La plus importante sera de faire la plus grande place possible à la simplicité. Un chapelet de petits bonheurs à constituer ; une ronde de moments partagés avec les gens que j’aime à danser ; une nouvelle peau à habiter ; de nouveaux rêves à construire.

***

– Lire d’avantage

– Ré-apprivoiser l’écriture

– Faire un pas, ou dix, de plus vers le « zéro déchet »

– Montrer et dire aux gens qui comptent à quel point ils sont importants

– Ne plus laisser la fatigue prendre le pas sur le reste

– Transformer les choses au Travail, d’une façon ou d’une autre

– Vivre l’instant

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Toss

« And on, and on we’ll strive
We will survive though we falter and on, and on we’ll search until we find our way back home.
And on, and on and on, we’ll grow strong. »

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Tout autour, ça tourne, se bouscule, s’effondre et se reconstruit, un peu branlant ou bien solide comme le granit. Ça virevolte et ça tangue dans une série de danses improvisées. Comme une marionnette folle, qui bat des bras en tous sens, un tourbillon sans fin. Des liens se défont, des sentiments fantômes s’envolent, d’autres se construisent, ou surgissent comme des feux follets. La marée de la vie, tantôt douce, tantôt forte.

Au milieu, je piétine dans mon cercle d’argile. Comme à la chasse aux papillons, mon filet est percé. J’attire des petits morceaux de rien, des petits morceaux de tout, ça chatouille sur la peau ou sous la langue, ça pique parfois, ça m’emplit et me vide. Une éponge. Ce ne sont pas des choses que je maîtrise, et j’ai cessé de m’épuiser à essayer de la faire. Comme une poignée de sable, tout file entre mes doigts quand je serre le poing, alors je garde les paumes ouvertes, et je souffle doucement.

Là-haut sur les collines verdoyantes, on se surprend à embrasser le silence et la solitude. Le vent fait chanter les arbres, les oiseaux racontent leurs histoires, l’eau s’écoule, imperturbable. La vie trépigne, dans tous les coins, que j’ouvre ou que je ferme les yeux. L’insignifiance de l’existence serre un peu la gorge, et puis dans un grand éclat de rire libère. And on, and on. Ces brins d’herbe, ces grands arbres, ces fleurs, ces écureuils et ces piverts, tous valsant sur le même fil. Dans ce grand Tout, un petit rien.

Respire, ouvre les bras, ouvre ton cœur, crie de bonheur, pleure, hurle de colère.

Vis!

Torn by the Fox of the Crescent Moon

La destination de ces vacances devait être Prague. Les guides de la ville s’empilait sur ma table basse, j’avais trouvé l’utilité à ce carnet noir et blanc : y projeter mon voyage au travers d’adresses, d’itinéraires, de dessins. C’était peut-être trop beau pour être vrai, cette anticipation, pour quelqu’un qui se laisse plus souvent par ses pas qu’elle ne les prévoit. Les projets étant chez moi fait pour être changés et tordus dans tous les sens avant de devenir quelque chose, Prague est restée enfermée dans mon carnet et dans un coin de ma tête, et mon corps s’en est allé, avec celui du Barbu, fouler les pistes forestières de la Corrèze.

Je ne suis pas à une contradiction près : préparer une escapade en pleine ville et terminer le nez dans l’herbe en pleine campagne.

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L’arrivée jusqu’à la Maison Minuscule s’est faite par les plus petites routes imaginables. A mesure que nous nous rapprochions de notre destination, la route se faisait plus étroite, plus tortueuse, et le paysage autour plus présent. Les arbres jetaient leurs branches des par et d’autre d’un lacet de bitume, nous plongions dans le vert. J’ai du répéter « c’est beau » une centaine de fois, en écarquillant toujours un peu plus les yeux. Comme en Écosse quatre ans plus tôt. La traversée de la vallée de la Glencoe, les couleurs irréelles sur la landes – du doré au vert bronze, suivant la lumière et d’altitude – et cette maison blanche, au milieu du rien. L’espace nous dévorait à chaque mètre parcouru.

P1010811A l’arrivée, une Maison Minuscule. Grande table en bois brun, poutres, murs épais en pierre, un lit sous les toits et les oiseaux comme voisins. Pas de canapé, pas de connexion internet, pas de télévision ou de radio. Aucun bruit parasite qui empêche de penser et d’être soi-même. Du temps et de l’espace, un luxe incroyable, un remède miraculeux.

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Lecture, tricot, jeu de carte, marche, découverte d’un territoire plein de relief, de forêts, de belles vaches et d’eau. La sensation d’être chez soi, parce que chaque parcelle du Dehors résonne avec le Dedans. Ralentir son rythme, imaginer les conversations que les oiseaux entretiennent du matin au soir, juste là, sous la fenêtre, savourer le bonheur du grand air, se retrouver entre amoureux, comme au premier jour, tisser et retisser des morceaux de soi.

P1010799( A venir : les lectures, l’arrêt Mémoire du retour, la difficulté de revenir, les envies pour la suite)

 

Ecran Noir #1

Quand nous nous sommes rencontrés avec le Barbu, c’était au cinéma. Puis, nous nous sommes vus et revus, avec toujours en toile de fond un film. Des premiers mois de notre relation, je retiens la douceur mais aussi le temps passé devant mon écran, au chaud sous la couette, puis bien calés dans le canapé. Il y a eu beaucoup de thrillers (J’ai rencontré le Diable ; The Murderer ; The Ghost Writer ; etc.), de films d’horreur et de slashers (Vendredi 13 ; Massacre à la tronçonneuse ; Hostel ; Midnight Midtrain ; etc.), des classiques (Suspiria). Mais surtout, il y a tous nos mercredis nanards, tous ces films improbables qui nous fait rire à leurs dépends (Aztec Rex ; Crank ; Mega Piranhas ; Dinocroc vs Supergatir etc.), ou mourir d’ennui (le dernier en date : Stay Alive). On en est venu à choisir chacun notre tour.

C’est comme ça que le Barbu s’est retrouvé à regarder un film qu’il n’aurait jamais, jamais, JAMAIS choisi. Le genre de film que je visionne habituellement seule, comme Casse-tête Chinois (qui, contre toute attente, m’a plu) , A Case of You ou bien Ruby Sparks.

Donc, la belle soirée d’hier s’est vécue au rythme des porteurs de repas de Bombay et des lettres échangées par les protagonistes de The Lunchbox.

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« Ila, une jeune femme délaissée par son mari, se met en quatre pour tenter de le reconquérir en lui préparant un savoureux déjeuner. Elle confie ensuite sa lunchbox au gigantesque service de livraison qui dessert toutes les entreprises de Bombay. Le soir, Ila attend de son mari des compliments qui ne viennent pas. En réalité, la Lunchbox a été remise accidentellement à Saajan, un homme solitaire, proche de la retraite. Comprenant qu’une erreur de livraison s’est produite, Ila glisse alors dans la lunchbox un petit mot, dans l’espoir de percer le mystère. » (Allocine)

J’ai eu faim tout le temps du film. Comment ne pas avoir envie de plonger sa cuillère dans les boîtes remplies des petits plats d’Ila? Faim aussi de découverte. Comment Ila en est-elle arrivée là : à mettre son coeur dans sa cuisine alors que son mari ne lui montre qu’indifférence? Quelle est le parcours de Saajan? A quoi ressemblait sa vie d’avant? et surtout faim d’échanges épistolaires. La plume de Saajan est piquante, un peu pince-sans-rire, entière. Ila se raconte, comme elle le ferait à sa voisine ou devrait le faire le soir, autour de la table avec son mari. Elle l’écrit : « on peut tout dire dans une lettre ». La poésie de la rencontre au travers des mots et du plaisir de la table.

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J’ai aimé la délicatesse de la réalisation et la manière de ne jamais trop en faire. On se laisse prendre au jeu, on observe les transformations dans les vies de Saajan et d’Ila, deux lignes qui cohabitent dans la même ville, pas tout à fait parallèles, pas  tout à fait amener à se croiser d’avantage qu’au travers de lettres. On en vient à se dire qu’une rencontre est inévitable, mais… Un mauvais train peut vous emmener à la bonne destination.

C’était exactement ce qu’il fallait à cette semaine. Le baume sur les plaies de ce temps qui file, de cette fatigue qui grandit, de ce ras-le-bol

 

 

The Sun Has Turn to Black

La curiosité est un vilain défaut.

Comme un chat qui s’approche trop près de la casserole sur le feu, je me suis brûlée les moustaches. A croire que je le fais exprès. Quelle part a l’inconscient là-dedans, dis moi? Fallait-il que je confirme les angoisses latentes qui me pourrissent mes nuits ces derniers temps? Fallait-il que je jette du sel sur une plaie qui ne cicatrise pas, malgré tout ce temps passé? Cette colère sourde, griffue, qui me dévore, encore, toujours

La marque que je n’ai pas tant changé que je le pensais, que ce qui m’arrive au travail pourrait m’arriver de nouveau à la maison. Pourquoi suis-je incapable de me barricader contre les nuisibles? Je fanfaronne qu’on ne m’y reprendra plus : ah ça non! La leçon est apprise!

Balivernes, oui.

La curiosité peut être un bien vilain défaut. Mais comment pouvais-je m’attendre à le retrouver au détour des mes lectures quotidiennes? De lien en lien, les soupçons, puis la certitude, puis le haut-le-cœur.

Douche froide.

Il en reste, du chemin à parcourir, pour que tout glisse sur mes plumes.

Un pas après l’autre.