Life Right Now #1

(inspired by A Freeze Frame)

Loving Me réveiller tôt et profiter du calme pour lire ou écrire, le chat sur les genoux. Des samedis matins doux.

Thinking   A ma sœur, est-ce qu’on ira marcher ensemble demain matin ?

Eating Boire plutôt. Une tisane « choco chili » de chez Yogi Tea, ma nouvelle potion magique.

Wondering if people can really improve themself or if it’s all a lie.

Listening Pale Emperor, le dernier né de Marilyn Manson. Et je suis très agréablement surprise. Je pense qu’il a de quoi devenir un de mes albums préférés. C’est lancinant, rugueux, captivant.

Enjoying La relecture de Mrs Dalloway.

Making Tellement de choses en cours : un bonnet bleu et vert pour un collègue, une couverture verte qui attend sa bordure en dentelle depuis une année, une autre couverture qui va bientôt devoir attendre l’arrivée de nouvelles pelotes, des réchauffe-poignets à coudre, une paire de chaussette à terminer …

Struggling Je pensais être immunisée contre la toxicité de certains, mais c’est un leurre. Je ferais mieux de retourner à mon tricot ou à mes baskets plutot que de continuer à lire certaines choses.

Feeling A la fois calme et en même temps sur le point de glisser.

Dreaming Je rêve d’Ecosse en ce moment. De grands espaces, de routes qui serpentent dans la lande, du ciel qui se teinte de toutes les couleurs du monde, de l’odeur de la forêt après la pluie.

Finding C’est de plus en plus difficile de prendre sur soi quand des sujets trop personnels sont abordés. J’ai ravalé mon trouble et mes larmes à l’évocation de ma mère, parce qu’après tout, ce n’était qu’une question d’enfant. Mais quand même, est-ce qu’on pourrait expliquer à ces gamines que oui, même vingt-quatre ans après sa mort, l’absence de ma mère me fait toujours pleurer et que ce n’est pas un sujet sur lequel on peut s’étendre entre une pomme de terre et une part de galette?

Watching De vieux épisodes de Criminal Minds, parce que maintenant qu’on a terminé The Fall, on tourne en rond.

Photo de Ville Hyhkö

(16/365)

Vendredi en musique #6

Blues or die !

Encore une pépite du hasard. J’aime quand, de fil en aiguille, je tombe en amour avec une voix et un artiste. Lundi soir, on fête nos quatre ans avec le Barbu : un plat de pakoras, une bouteille de vin offerte par la Consul d’Algérie et la bande-son parfaite : Malcom Holcombe. Un tour du monde des sens.

(16/365)

Mind Over Matter

J’écris des lettres dans le vide. Combien de fois ai-je écris à ceux qui comptent dans un coin de ma tête, sans oser ensuite reporter les mots sur le papier? Dire la vie, les peurs, les espoirs, l’amour, l’angoisse parfois ; écrire qu’on pense à l’autre, de façon maladroite la plupart du temps. Je m’arrête avant le papier, avant de faire irruption dans la vie des autres, comme un cheveu sur la soupe. La peur de déranger, comme un boomerang dans le stylo. Alors mes cartes attendent, les poèmes et citations à partager aussi. Le carnet se remplit.

Pour contrer les craintes idiotes et forcer ma plume, je me suis inscrite au programme International Pen pal Friends. J’ai reçu ma liste de correspondants potentiels, et depuis, j’écris une, deux, trois lettres…qui atterriront au quatre coins du monde. C’est un exercice étrange, l’écriture d’un courrier à quelqu’un que l’on ne connaît pas. Ce ne sont pas les mêmes questions que lorsque l’on connaît le destinataire. C’est quelque part très libérateur, puisqu’il n’y a aucune crainte d’un quelconque jugement. Mais c’est déstabilisant quand même : quoi dire de soi, pour donner envie à l’autre de répondre ? Pour le moment, je trouve l’exercice plus facile en anglais. Il y a une lettre en partance pour l’Iran dans mon sac, et une autre pour Cuba en cours dans mon bloc note. Je souris d’avoir le monde au bout de mon crayon. Peut-être n’y aura-t-il jamais de réponse ? C’est un peu comme envoyer une bouteille à la mer.

Des missives jetée en l’air… quand les gens préfèrent dire « merci » par sms plutôt que de prendre la plume eux-même. « On voulait te répondre, mais … » Pourquoi leur en vouloir un peu, quand je fais la même chose avec les mails ? C’est qu’il y a quelque chose de plus intime dans la correspondance « papier », une part de soi laissée à l’autre plus importante. Est-ce que ça en fait un acte finalement égoïste, laisser des morceaux de soi dans le tracé des mots ? Est-ce le fait d’envoyer quelque chose le plus important, ou celui de recevoir ? Je ne m’avoue pas vaincue, et continue à collectionner les cartes à envoyer… dire « je pense à toi », même si ça ressemble à une sonnerie dans le vide. C’est sans doute parce que les réponses que j’attends n’arriveront jamais que je me suis lancée dans l’aventure IPF. Comme un voyage immobile vers une destination inconnue…

Comme l’ensemble des notes laissées sur cet espace.

Je garde l’espoir de réussir à faire des ricochets.

Photo par Eddy Leiva

(15/365)

Words Not Spoken

Enfouir son nez dans le châle en laine, cacher ses mains au fond de ses poches, se mettre en route. Contrairement à mes espoirs, mes semelles ne font pas crisser le givre, mais se couvrent de boue dès que je quitte le bitume. Enveloppée dans mon pull spécial grand froid, j’ai déjà chaud alors que la maison n’a pas disparue après ce premier tournant. Dans ce champs là, à gauche, il y avait les juments de mon père, avant. Ce matin, on n’y voit que l’herbe, d’un vert étincelant sous le soleil d’hiver. Plus loin, les chasseurs et leurs chiens, le serrement du cœur au son des coups de fusil. Quel animal est tombé cette fois-ci ? Je me surprends à parler à haute voix : « cachez-vous! », comme lorsque gamine, je regardais les Animaux du Bois de Quat’ Sous. Un kilomètre, une rangée de maisons recréées dans des bâtiments de fermes. Une pour chacun des petits enfants, construite par un grand-père bien attentionné. Petite pointe de jalousie. Un gros chat noir et gris traverse devant moi, et se réfugie sur un tas de bois. Combien étaient-ils à la ferme? Les trois matous noirs, indomptables ; la belle Risette voleuse de beurre ; Mimine et ses chatons, trois ou cinq, à chaque printemps ; Minouchet le bipolaire ; Minou Blanc la peluche ; Diabolo le tant aimé ; et maintenant la dynastie Ingrat. Immanquablement, la vision d’un chat me fait sourire et me plonge en même temps dans une mélancolie doucereuse. Comme la vision d’une bibliothèque bien garnie : l’espoir de la découverte et le plaisir des possibles innombrables se mêlent au désespoir de ne pouvoir tout lire, tout voir, tout caresser. Sait-on à quel point l’on aime que lorsque l’objet des sentiments s’est envolé? A l’embranchement, prendre à gauche et rejoindre le port. Tout est propre, assainit, bien délimité. Une promenade sans risque. Je regrette les arbres qui poussaient leurs branches en désordre le long de l’allée en gravier et leurs racines qui plongeaient dans l’eau, en un labyrinthe élaboré. Il y avait des cygnes autrefois, on venait les voir les soirs d’été, quand mon frère partait pêcher l’anguille. Aujourd’hui, il n’y a que deux pêcheurs, après la passerelle. je ne sais pas ce qu’ils essaient d’attraper, ils changent de position souvent, tenant leurs cannes bien haut pour ne pas emmêler le fil. Là aussi, on a coupé les arbres qui ne se pliaient pas aux exigences de la piste bien propre. Vue dégagée sur le marais, de l’autre côté du grillage. Je prends quelques photos des joncs, tout est couleur ocre dans le soleil du matin. Dans le ciel il y a une buse qui tournoie, et d’autres oiseaux que je ne reconnais pas. Tout au bout, la rivière. Le calme de l’eau, le silence de la nature vivante : tous ces bruits qui emplissent mon corps et mon cœur et m’apaise. Assise sur le banc, je me dis que mon frère a bien raison de passer tous ses dimanches sur son bateau, au milieu de cette même rivière. On n’est jamais seul quand on est sur l’eau. Je me demande s’il accepterait de m’emmener avec lui, comme lorsque j’étais petite. Un grand tour au grand air, une conversation silencieuse. Je regrette de ne pas avoir pris de carnet de notes ou de livres, et puis je me dis que tout est pour le mieux. Etre dans l’instant. Les gens qui arrivent à vélo interrompent le fil de mes pensées. L’eau défile, imperturbable. Qu’il serait bon de rester ici, seule, encore de longs instants, mais la présence d’autrui me chagrine. C’est parfois complètement égoïste, ce désir de communion avec l’Extérieur. « Mon » espace, « ma » nature. Me revoilà planète au milieu du chemin. Je souris quand même, parce que c’est bien, être ici, s’en aller à pieds, même sous la pluie. Au retour, il y aura la cheminée, le café, des tartines de pain, peut-être une clémentine. Il sera alors temps de reprendre un stylo et de continuer à écrire. Direction Cuba, le Canada, les Etats-Unis. En attendant, la route s’ouvre, sans personne sur mes talons.

Photo par Nick Lisitsin

(14/365)

Gratitude Sunday #3

(sur une idée de Taryn :  http://woolymossroots.com/about-gratitude-sunday/ … chaque dimanche, lister les petits bonheurs de la semaine)

* Le client bijoutier qui propose de réparer ma bague préférée sur laquelle il manque un grenat, gratuitement.

* Les échanges avec les collègues d’autres pigeonniers, du rire, de l’empathie, de la construction.

* La longue promenade dans la nature ce matin, malgré la pluie, malgré le vent. L’air pur qui rafraîchit les idées et aide à voir plus clair.

* Se lever tôt, prendre un café avec mon père, et écrire quelques lettres. France, Kenya, Allemagne, Iran, les enveloppes colorées sur la table de la cuisine, le monde à portée de plume.

* Tester de nouvelles recettes, se régaler, rire des mélanges inattendus, faire avec ce qu’il y a dans le placard, les belles habitudes qui durent.

* Relire Momo de Michael Ende, et ressentir encore ce que j’avais ressenti la première fois, quand j’étais petite. Se laisser porter par la force du conte, son intemporalité, ses vérités toujours fortes.

* Ecouter Raphaël Enthoven commenter Virginia Woolf dans Le Gai Savoir en tricotant. Inscrire  « Relire Mrs Dalloway  et la correspondance de Virginia et Vita » dans son petit carnet « bonheurs à cultiver ».

(13/365)

Times like these

Pic by Tea

Dans l’appartement minuscule, il y a plus de livres et de cds que de poils de chat sur mon pull ; le canapé est tantôt violet, tantôt rouge, au gré des plaids et des envies ; il n’y a qu’une seule fenêtre et deux portes ; un mur orange et des placards rouges ; de grandes étagères un peu bancales et un peu moches dans la cuisine, une grande étagère très solide et très lourde au milieu de la pièce de vie, pour séparer le séjour de la chambre.

Dans l’appartement minuscule, il y a deux tables, quatre chaises, cinq tabourets, un canapé et une chauffeuse ; il y a sept coussins, trois oreillers et un châle moelleux ; plusieurs bougies, des bâtons d’encens qui brûlent régulièrement, un diffuseur d’huiles essentiel et une réserve de papier d’Arménie. Il n’y a qu’un seul radiateur, souvent réglé sur « 2 », alors on rajoute une couette sur la couette et une bouillotte au fond du lit. Il y a sans doute plusieurs kilos de thé, la bouilloire est mise à rude épreuve.

Dans l’appartement minuscule, les livres -encore eux – ont envahit la salle de bain et la laine la bibliothèque ; les cactus grandissent, le ficus aussi ; la chasse d’eau n’est toujours pas réparée ; le garde-manger est plein de bocaux avec des graines, des pâtes, des légumineuses, des farines différentes et des fruits secs ; il y a une collection de bouteilles de whisky et deux bouteilles de vieux rhum. On n’ a plus beaucoup l’occasion de trinquer parce que je n’ose plus inviter les gens dans ces 30 m². L’appartement minuscule accueillait souvent une dizaine de personnes quand j’étais étudiante, sans que personne ne se plaigne de s’asseoir sur un coussin sur la moquette ou de boire dans des verres dépareillés. Quelques années plus tard, je n’ose plus dire « venez prendre l’apéro » parce que les commentaires ne manquent jamais.

« quand même, tu devrais déménager! » « tu n’as pas envie d’avoir une maison ? » « tu devrais voir pour investir dans un appartement à toi » « je ne me souvenais pas que c’était si petit » « pourquoi c’est si petit chez toi ? » « c’est toujours ton appart’ d’étudiante ? » « on fera ça chez nous plutôt, ce sera plus pratique« 

On dirait qu’il n’y a que peu de personnes qui trouvent leur place dans cet espace sans se plaindre. Tout est à porter de main et de cœur, pour peu qu’on se laisse séduire.

L’appartement minuscule s’est peuplé de mes rêves et de mes cauchemars tout au long des ces douze ans, et même si je râle parfois, et que 10 m² en plus ne serait pas de refus (j’allais écrire « un luxe » , mais c’est exactement ça, ce serait un luxe), je m’y sens bien, entourée de mon chat et du Barbu. Il faut faire un peu de gymnastique pour trouver à chaque chose sa place idéale, mais ça vient à mesure que les objets se font moins nombreux. C’est un travail en continu, choisir ce qui est utile, ce qui est devenu vital, ce qui peut disparaître sans être regretté. Plus de boîtiers pour les dvds et les cds, des livres qui s’en vont vers la campagne et cette autre bibliothèque, une penderie qui s’allège régulièrement… petit à petit prendre les habitudes (ou les développer) qui font du bien.

Bien sur que je quitterais l’appartement minuscule, un jour. En attendant, mets un disque sur la platine et prépare-toi un thé.

(12/365)

 

 

Gratitude Sunday #2

(sur une idée de Taryn :  http://woolymossroots.com/about-gratitude-sunday/ … chaque dimanche, lister les petits bonheurs de la semaine)

* ranger l’appartement minuscule et se dire que finalement, c’est plutôt grand.

* passer du temps avec ma sœur et son mari, et chérir ces moments doux et drôles.

* me sentir à l’aise dans mon travail.

* recevoir ma première lettre d’un correspondant IPF ; y répondre dans la foulée.

* écrire mes dernières cartes de vœux.

* écrire « Charlie est libre » sur un bout de papier et l’accrocher à ma veste.

 (11/365)