Your Own Kind

 

Photo par Helenas 

Parfois, je t’observe sans que tu n’y fasses attention. Tu es là, concentré sur ta lecture ou sur ton écran, tu ne te mors pas les lèvres, mais souvent tu fronces un peu les sourcils. Je te regarde et il y a cette chaleur qui m’envahit, comme une fleur qui éclot à l’intérieur de mon ventre. Dans ces moments-là, tu es la plus belle personne qu’il m’est été donné de rencontrer, et j’aimerais arrêter le temps, figer cette sensation. Ne faire qu’un avec le moment, ressentir cette gratitude immense de t’avoir dans ma vie. Plutôt que d’essayer de te le dire avec mes mots maladroit, je vais me blottir à côté de toi, et je respire ton odeur. Si tu lis ça, tu vas me trouver bien sentimentale, mais qu’importe. Elle n’avait pas tort en nous appelant « les Guimauves ».

Au début, ce n’était qu’une blague. Un coup de tête. Je m’étais dit que je ne risquais pas grand chose à me lancer dans cette « aventure » : au mieux je rencontrais des gens intéressants, au pire, je perdais quelques jours et je passais à autre chose. Tu as été le premier à prendre contact, on n’a pas échanger tant de messages que ça. Suffisamment pour qu’on ait envie de se rencontrer, mais sans doute pas assez pour se faire une quelconque idée sur la manière dont les choses pourraient se passer. Il faisait froid ce soir là, et nous avions prévu d’aller voir un film qui approchait des trois heures. J’avais mon écharpe rouge autour du cou, pour que tu puisses me reconnaître. On a marché longtemps pour rejoindre le bar, je crois qu’on rigolait bêtement plus qu’on ne parlait. J’étais gênée je crois, encore recroquevillée en moi-même, encore bancale de cette longue relation tout juste éteinte. J’avais passé l’année 2010 dans un tourbillon désagréable, perdue entre les découvertes incroyables de Budapest et de l’Ecosse, et les larmes infernales de ces sentiments qui n’en finissaient plus de s’éteindre et de tout brûler au passage. Janvier 2011, mes fissures, mes doutes et moi-même tremblions à la terrasse de ce bar, en partageant une bière avec toi. On a parlé longtemps, tu m’as bousculée plusieurs fois. Les mots comme des gifles, et puis tes lèvres sur les miennes, alors que je me disais je devrais partir, ça ne sert à rien de rester là. Quatre ans après, je me félicite tous les jours de ne pas avoir céder à la panique.

C’était étrange, au début. Partager mon temps, mon espace…t’envoyer ces messages qui n’obtenaient pas de réponses. Tu disais ne pas vouloir t’emballer, je me disais qu’on a qu’une seule vie et que le temps file trop vite pour tergiverser cent sept ans. On en a vu, des films, blottis sous la couette, on a marché des kilomètres aussi et j’en ai pleuré d’épuisement, de ne jamais pouvoir passer un week-end tranquille, sans rien faire. Des ajustements mineurs ou majeurs, suivant les périodes et les peurs qui remontaient à la surface. Ca me semble encore étrange parfois, notre capacité à dialoguer et à mettre des mots sur ce qui nous dérange ou nous ronge à l’intérieur. Ces disputes qui n’en sont pas vraiment, simplement des soupapes qui sautent et nous obligent à faire un pas de côté pour nous réconcilier avec nous-mêmes avant de nous réconcilier tout court. Bien sûr qu’il y a des larmes parfois, et que tes colères éclaires me touchent encore plus qu’elles ne devraient. Les vieux réflexes ont la vie dure.

Je ne peux rien te promettre d’autre que de continuer à trouver ta main, chaque nuit. Pour les quatre, dix, quarante prochaines années de notre vie.

Parfois les plaisanteries n’en sont pas.

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