Mind Over Matter

J’écris des lettres dans le vide. Combien de fois ai-je écris à ceux qui comptent dans un coin de ma tête, sans oser ensuite reporter les mots sur le papier? Dire la vie, les peurs, les espoirs, l’amour, l’angoisse parfois ; écrire qu’on pense à l’autre, de façon maladroite la plupart du temps. Je m’arrête avant le papier, avant de faire irruption dans la vie des autres, comme un cheveu sur la soupe. La peur de déranger, comme un boomerang dans le stylo. Alors mes cartes attendent, les poèmes et citations à partager aussi. Le carnet se remplit.

Pour contrer les craintes idiotes et forcer ma plume, je me suis inscrite au programme International Pen pal Friends. J’ai reçu ma liste de correspondants potentiels, et depuis, j’écris une, deux, trois lettres…qui atterriront au quatre coins du monde. C’est un exercice étrange, l’écriture d’un courrier à quelqu’un que l’on ne connaît pas. Ce ne sont pas les mêmes questions que lorsque l’on connaît le destinataire. C’est quelque part très libérateur, puisqu’il n’y a aucune crainte d’un quelconque jugement. Mais c’est déstabilisant quand même : quoi dire de soi, pour donner envie à l’autre de répondre ? Pour le moment, je trouve l’exercice plus facile en anglais. Il y a une lettre en partance pour l’Iran dans mon sac, et une autre pour Cuba en cours dans mon bloc note. Je souris d’avoir le monde au bout de mon crayon. Peut-être n’y aura-t-il jamais de réponse ? C’est un peu comme envoyer une bouteille à la mer.

Des missives jetée en l’air… quand les gens préfèrent dire « merci » par sms plutôt que de prendre la plume eux-même. « On voulait te répondre, mais … » Pourquoi leur en vouloir un peu, quand je fais la même chose avec les mails ? C’est qu’il y a quelque chose de plus intime dans la correspondance « papier », une part de soi laissée à l’autre plus importante. Est-ce que ça en fait un acte finalement égoïste, laisser des morceaux de soi dans le tracé des mots ? Est-ce le fait d’envoyer quelque chose le plus important, ou celui de recevoir ? Je ne m’avoue pas vaincue, et continue à collectionner les cartes à envoyer… dire « je pense à toi », même si ça ressemble à une sonnerie dans le vide. C’est sans doute parce que les réponses que j’attends n’arriveront jamais que je me suis lancée dans l’aventure IPF. Comme un voyage immobile vers une destination inconnue…

Comme l’ensemble des notes laissées sur cet espace.

Je garde l’espoir de réussir à faire des ricochets.

Photo par Eddy Leiva

(15/365)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s