I Can See it Now

Dans quelques jours, le Barbu et moi fêterons les quatre ans de notre rencontre. Un anniversaire doux et serein, qui mériterait des feux d’artifice et des danses. Quatre ans donc à peu de chose de près que la famille du Barbu est venu agrandir le cercle que j’appelle ma famille. Et c’est difficile. Quand je croyais ajouter de l’amour à l’amour, c’est la violence des mots et des comportements qui a surgit, comme un mauvais diable. Je me souviens très bien des premiers repas dans sa famille, et de la surprise, à observer des échanges toujours basés sur la pique et la blague mauvaise, la remise en cause de l’autre, les mots qui fâchent.

Un wagon d’années lumière à l’opposé de ce que je connaissais.

Au début, je me suis dit que ce n’était pas forcément un mal : dans ma famille, on ne parle pas autant, on partage souvent nos repas sans bruits. Pas que ce soit bien, il y aurait tant à dire sur les conversations importantes évitées, et les douleurs ensevelies sous le silence. C’est encore une souffrance parfois, ne pas être capable de se dire « je t’aime et je vois bien que quelque chose ne va pas, alors parle-moi ».

Mais rien de comparable aux effets dévastateurs des petites et grosses remarques, des « on s’inquiète pour toi » inappropriés, des « je ne te vois pas là-dedans », des « oui, bah c’est bon, reprends-toi! » ou encore « c’est comme ça ». Tout ce bruit, tous ces mots, toutes ces conversations absurdes qui tournent en rond, pour ne rien dire qui vaille le bien des autres. Comme cette télé toujours allumée, qu’on la regarde ou pas, ce fond sonore, qui brouille les sens et empêche de profiter de la compagnie de l’autre. Comme si finalement, on se retrouvait autour de cette table alors qu’on en a pas vraiment envie.

Quatre ans donc, et je n’ai toujours pas fait le deuil de la belle-famille fantasmée. La violence, la manipulation et le chantage affectif sous-jacents à chaque échange avec mon beau-père et ma belle-mère n’en finissent plus de me glacer le sang et de me donner envie d’hurler. D’ailleurs, je finis souvent par « m’énerver » et par répondre sur leurs tons. Poils hérissés, langue déliée, je laisse s’exprimer ma frustration. Et je confirme par la même occasion que je suis le vilain petit canard. Ils me répétaient que j’allais m’habituer, comme V., que je finirais par ne plus rien dire, voir même que je finirais par trouver ça « normal ».

Quatre ans, et la marmite déborde encore. Surtout quand le Barbu est touché, surtout quand on veut nous enfermer dans la boîte « adolescents » alors que tout de même, à trente ans passés, on aimerait être traités en adultes responsables. C’est difficile de voir ses choix, ses convictions, ses passions et même son emploi toujours remis en cause juste pour le plaisir. C’est difficile de se sentir méprisé, quelque soit la situation. C’est difficile d’être soi-même quand l’autre en face veut asseoir sa domination et clôt toute discussion par un « c’est comme ça » ou un « oui mais moi je … ». Je n’ai toujours pas fait le deuil du partage et de l’amour. Je n’ai pas fait le deuil du respect.

Quatre ans et peut-être bien que cette fois-ci, je vais les envoyer se faire cuire un œuf.

 

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