Archives mensuelles : janvier 2015

Disenchanted Lullaby

Depuis le début de l’année, Pigeon Voyageur s’échine à nous démoraliser sous couvert de présenter ses révolutions et de faire croire à qui le veut bien qu’il nous motive. Je n’en peux plus d’entendre et de lire des discours sur les leviers de l’augmentation du chiffre d’affaire. C’est un peu comme les statistiques des agences de notations, on pourrait parler de perles, de pommes de terres ou d’allumettes, ça ne voudrait pas dire plus de chose. A partir de combien de courbes et de tableaux les chiffres et les pourcentages cessent-ils de renvoyer à la réalité pour ne plus renvoyer qu’à eux-mêmes? Après la grande messe réunissant toute la région il y a deux semaines, voilà la petite cérémonie qui mêle deux Pigeonniers et doit se solder par la rédaction de plans d’action. Aux grands mots les petits moyens. La valse des « yaka faukon », commune à beaucoup de boîtes. Et l’humiliation continue. Je fais partie du parent pauvre de Pigeon Voyageur, branche que tout le monde connaît et sur laquelle tout le monde a une opinion bien tranchée, mais le parent pauvre tout de même. La présentation défile, et nous apprenons, ma Grand Duc et moi-même, que contrairement à ce que se vit tous les jours dans notre pigeonnier, mon travail serait en fait le même que le dernier des canaris du Pigeonnier d’à côté, que finalement, on n’a pas tellement d’importance, on ferait plus figuration qu’autre chose, parce que le travail sérieux est réalisé par d’autres. Je comprends mieux pourquoi les pigeons comme moi n’étaient pas conviés à la sauterie. On n’est pas fait du même bois avec les collègues du Pigeonnier d’à côté : ce sont eux les sérieux et les valeurs ajoutées. Il a fallu respirer par le ventre, se mordre la lèvre et sourire, quand même. Expliquer encore une fois ce qu’on fait – oui oui, on fait le même boulot, non non, pas à salaire égal, oui oui, je suis capable de prendre des rendez-vous, non non, ce n’est pas ma Grand Duc qui gère ça en vrai, c’est … moi – voir l’alternante inclue dans les animations, voir son propre nom rayé de la liste, voir sa Grand Duc complètement défaitiste rendre les armes. Elle s’annonce formidable, cette année d’actions conjointes. Forcément, la confiance en soi finie par s’éroder, comment entrevoir des perspectives de sortie quand on referme le couvercle de la boîte sur les têtes qui dépassent un peu? Ça a le mérite de remettre en place, si ce n’est à sa place.

Alors en rentrant chez moi, j’ai fait ce que je fais toujours quand les agressions extérieures me pourrissent l’intérieur. Je me suis noyée dans la musique. Les connections magiques avec J., qui il y a quelques mois ne s’est pas offusqué de mon absence à un concert pourtant prévu depuis longtemps et a passé quelques minutes à refaire le monde sur mon canapé, en m’offrant le dernier Foo Fighters, Sonic Highways. Flashback immédiat, dans cette autre appartement, quand je dépliais mon matelas entre la table de salon et la bibliothèque et mettais mon casque sur mes oreilles, pour ne pas déranger la future ex-colocataire. A l’époque, tournaient en boucle les albums Foo Fighters et The Colour and the Shape. Les paroles des chansons gravées dans le coeur, deux accords et me voilà à fredonner. Des albums qui ont donné envie à J., à plusieurs kilomètres de là, quand on ne se connaissait pas encore, de faire de la musique, sérieusement. On s’écrit nos souvenirs en savourant ce qui tourne aujourd’hui sur la platine. La musique comme un fil invisible. Hier soir, c’était un documentaire, Back and Forth, pour partager avec le Barbu un peu de cette passion dévorante. Mettre des riffs sur les plaies pour les cicatriser. Je suis bien incapable de jouer des choses compliquées ou efficaces, ma guitare reste silencieuse la plupart du temps. C’est sans doute pour cette raison que je me laisse autant porter par la passion de ceux qui savent : jouer, chanter, écrire. C’est la plus belle chose au monde : écouter un musicien parler de son travail. Il n’y a pas de courbes, pas de statistiques, pas de plan d’action. Juste une bande de joyeux lurons qui jamment dans une cave ou qui sautent dans tous les sens sur une scène.

 

La vie qui bouillonne dans chaque accord, et qui réconcilie un peu.

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Gratitude Sunday #4

(sur une idée de Taryn :  http://woolymossroots.com/about-gratitude-sunday/ … chaque dimanche, lister les petits bonheurs de la semaine)

* L’inscription proposée par ma Grand Duc à des formations intéressantes et utiles pour mon avenir, un petit pas vers la confiance partagée ?

* Les câlins de ma filleule.

* La pile de livres sur ma table de salon : des romans en anglais, un récit de voyage, la version dépoussiérée et intergalactique de l’Iliade par Dan Simmons, un Russel Banks, et un peu de poésie.

* Les roses rouges, sur l’étagère. Quatre ans déjà, c’était hier pourtant ?

* Le gilet trop grand mais si agréable à porter. Un cocon pour les week-ends où l’on ne sort pas le museau dehors.

* Les émissions « our story« , sur BBC Scotland. Baigner ses oreilles dans l’accent rugueux des îles Shetlands et les rires contagieux des gens si heureux de partager des morceaux de vie.

(17/365)

Life Right Now #1

(inspired by A Freeze Frame)

Loving Me réveiller tôt et profiter du calme pour lire ou écrire, le chat sur les genoux. Des samedis matins doux.

Thinking   A ma sœur, est-ce qu’on ira marcher ensemble demain matin ?

Eating Boire plutôt. Une tisane « choco chili » de chez Yogi Tea, ma nouvelle potion magique.

Wondering if people can really improve themself or if it’s all a lie.

Listening Pale Emperor, le dernier né de Marilyn Manson. Et je suis très agréablement surprise. Je pense qu’il a de quoi devenir un de mes albums préférés. C’est lancinant, rugueux, captivant.

Enjoying La relecture de Mrs Dalloway.

Making Tellement de choses en cours : un bonnet bleu et vert pour un collègue, une couverture verte qui attend sa bordure en dentelle depuis une année, une autre couverture qui va bientôt devoir attendre l’arrivée de nouvelles pelotes, des réchauffe-poignets à coudre, une paire de chaussette à terminer …

Struggling Je pensais être immunisée contre la toxicité de certains, mais c’est un leurre. Je ferais mieux de retourner à mon tricot ou à mes baskets plutot que de continuer à lire certaines choses.

Feeling A la fois calme et en même temps sur le point de glisser.

Dreaming Je rêve d’Ecosse en ce moment. De grands espaces, de routes qui serpentent dans la lande, du ciel qui se teinte de toutes les couleurs du monde, de l’odeur de la forêt après la pluie.

Finding C’est de plus en plus difficile de prendre sur soi quand des sujets trop personnels sont abordés. J’ai ravalé mon trouble et mes larmes à l’évocation de ma mère, parce qu’après tout, ce n’était qu’une question d’enfant. Mais quand même, est-ce qu’on pourrait expliquer à ces gamines que oui, même vingt-quatre ans après sa mort, l’absence de ma mère me fait toujours pleurer et que ce n’est pas un sujet sur lequel on peut s’étendre entre une pomme de terre et une part de galette?

Watching De vieux épisodes de Criminal Minds, parce que maintenant qu’on a terminé The Fall, on tourne en rond.

Photo de Ville Hyhkö

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Vendredi en musique #6

Blues or die !

Encore une pépite du hasard. J’aime quand, de fil en aiguille, je tombe en amour avec une voix et un artiste. Lundi soir, on fête nos quatre ans avec le Barbu : un plat de pakoras, une bouteille de vin offerte par la Consul d’Algérie et la bande-son parfaite : Malcom Holcombe. Un tour du monde des sens.

(16/365)

Mind Over Matter

J’écris des lettres dans le vide. Combien de fois ai-je écris à ceux qui comptent dans un coin de ma tête, sans oser ensuite reporter les mots sur le papier? Dire la vie, les peurs, les espoirs, l’amour, l’angoisse parfois ; écrire qu’on pense à l’autre, de façon maladroite la plupart du temps. Je m’arrête avant le papier, avant de faire irruption dans la vie des autres, comme un cheveu sur la soupe. La peur de déranger, comme un boomerang dans le stylo. Alors mes cartes attendent, les poèmes et citations à partager aussi. Le carnet se remplit.

Pour contrer les craintes idiotes et forcer ma plume, je me suis inscrite au programme International Pen pal Friends. J’ai reçu ma liste de correspondants potentiels, et depuis, j’écris une, deux, trois lettres…qui atterriront au quatre coins du monde. C’est un exercice étrange, l’écriture d’un courrier à quelqu’un que l’on ne connaît pas. Ce ne sont pas les mêmes questions que lorsque l’on connaît le destinataire. C’est quelque part très libérateur, puisqu’il n’y a aucune crainte d’un quelconque jugement. Mais c’est déstabilisant quand même : quoi dire de soi, pour donner envie à l’autre de répondre ? Pour le moment, je trouve l’exercice plus facile en anglais. Il y a une lettre en partance pour l’Iran dans mon sac, et une autre pour Cuba en cours dans mon bloc note. Je souris d’avoir le monde au bout de mon crayon. Peut-être n’y aura-t-il jamais de réponse ? C’est un peu comme envoyer une bouteille à la mer.

Des missives jetée en l’air… quand les gens préfèrent dire « merci » par sms plutôt que de prendre la plume eux-même. « On voulait te répondre, mais … » Pourquoi leur en vouloir un peu, quand je fais la même chose avec les mails ? C’est qu’il y a quelque chose de plus intime dans la correspondance « papier », une part de soi laissée à l’autre plus importante. Est-ce que ça en fait un acte finalement égoïste, laisser des morceaux de soi dans le tracé des mots ? Est-ce le fait d’envoyer quelque chose le plus important, ou celui de recevoir ? Je ne m’avoue pas vaincue, et continue à collectionner les cartes à envoyer… dire « je pense à toi », même si ça ressemble à une sonnerie dans le vide. C’est sans doute parce que les réponses que j’attends n’arriveront jamais que je me suis lancée dans l’aventure IPF. Comme un voyage immobile vers une destination inconnue…

Comme l’ensemble des notes laissées sur cet espace.

Je garde l’espoir de réussir à faire des ricochets.

Photo par Eddy Leiva

(15/365)

Words Not Spoken

Enfouir son nez dans le châle en laine, cacher ses mains au fond de ses poches, se mettre en route. Contrairement à mes espoirs, mes semelles ne font pas crisser le givre, mais se couvrent de boue dès que je quitte le bitume. Enveloppée dans mon pull spécial grand froid, j’ai déjà chaud alors que la maison n’a pas disparue après ce premier tournant. Dans ce champs là, à gauche, il y avait les juments de mon père, avant. Ce matin, on n’y voit que l’herbe, d’un vert étincelant sous le soleil d’hiver. Plus loin, les chasseurs et leurs chiens, le serrement du cœur au son des coups de fusil. Quel animal est tombé cette fois-ci ? Je me surprends à parler à haute voix : « cachez-vous! », comme lorsque gamine, je regardais les Animaux du Bois de Quat’ Sous. Un kilomètre, une rangée de maisons recréées dans des bâtiments de fermes. Une pour chacun des petits enfants, construite par un grand-père bien attentionné. Petite pointe de jalousie. Un gros chat noir et gris traverse devant moi, et se réfugie sur un tas de bois. Combien étaient-ils à la ferme? Les trois matous noirs, indomptables ; la belle Risette voleuse de beurre ; Mimine et ses chatons, trois ou cinq, à chaque printemps ; Minouchet le bipolaire ; Minou Blanc la peluche ; Diabolo le tant aimé ; et maintenant la dynastie Ingrat. Immanquablement, la vision d’un chat me fait sourire et me plonge en même temps dans une mélancolie doucereuse. Comme la vision d’une bibliothèque bien garnie : l’espoir de la découverte et le plaisir des possibles innombrables se mêlent au désespoir de ne pouvoir tout lire, tout voir, tout caresser. Sait-on à quel point l’on aime que lorsque l’objet des sentiments s’est envolé? A l’embranchement, prendre à gauche et rejoindre le port. Tout est propre, assainit, bien délimité. Une promenade sans risque. Je regrette les arbres qui poussaient leurs branches en désordre le long de l’allée en gravier et leurs racines qui plongeaient dans l’eau, en un labyrinthe élaboré. Il y avait des cygnes autrefois, on venait les voir les soirs d’été, quand mon frère partait pêcher l’anguille. Aujourd’hui, il n’y a que deux pêcheurs, après la passerelle. je ne sais pas ce qu’ils essaient d’attraper, ils changent de position souvent, tenant leurs cannes bien haut pour ne pas emmêler le fil. Là aussi, on a coupé les arbres qui ne se pliaient pas aux exigences de la piste bien propre. Vue dégagée sur le marais, de l’autre côté du grillage. Je prends quelques photos des joncs, tout est couleur ocre dans le soleil du matin. Dans le ciel il y a une buse qui tournoie, et d’autres oiseaux que je ne reconnais pas. Tout au bout, la rivière. Le calme de l’eau, le silence de la nature vivante : tous ces bruits qui emplissent mon corps et mon cœur et m’apaise. Assise sur le banc, je me dis que mon frère a bien raison de passer tous ses dimanches sur son bateau, au milieu de cette même rivière. On n’est jamais seul quand on est sur l’eau. Je me demande s’il accepterait de m’emmener avec lui, comme lorsque j’étais petite. Un grand tour au grand air, une conversation silencieuse. Je regrette de ne pas avoir pris de carnet de notes ou de livres, et puis je me dis que tout est pour le mieux. Etre dans l’instant. Les gens qui arrivent à vélo interrompent le fil de mes pensées. L’eau défile, imperturbable. Qu’il serait bon de rester ici, seule, encore de longs instants, mais la présence d’autrui me chagrine. C’est parfois complètement égoïste, ce désir de communion avec l’Extérieur. « Mon » espace, « ma » nature. Me revoilà planète au milieu du chemin. Je souris quand même, parce que c’est bien, être ici, s’en aller à pieds, même sous la pluie. Au retour, il y aura la cheminée, le café, des tartines de pain, peut-être une clémentine. Il sera alors temps de reprendre un stylo et de continuer à écrire. Direction Cuba, le Canada, les Etats-Unis. En attendant, la route s’ouvre, sans personne sur mes talons.

Photo par Nick Lisitsin

(14/365)

Gratitude Sunday #3

(sur une idée de Taryn :  http://woolymossroots.com/about-gratitude-sunday/ … chaque dimanche, lister les petits bonheurs de la semaine)

* Le client bijoutier qui propose de réparer ma bague préférée sur laquelle il manque un grenat, gratuitement.

* Les échanges avec les collègues d’autres pigeonniers, du rire, de l’empathie, de la construction.

* La longue promenade dans la nature ce matin, malgré la pluie, malgré le vent. L’air pur qui rafraîchit les idées et aide à voir plus clair.

* Se lever tôt, prendre un café avec mon père, et écrire quelques lettres. France, Kenya, Allemagne, Iran, les enveloppes colorées sur la table de la cuisine, le monde à portée de plume.

* Tester de nouvelles recettes, se régaler, rire des mélanges inattendus, faire avec ce qu’il y a dans le placard, les belles habitudes qui durent.

* Relire Momo de Michael Ende, et ressentir encore ce que j’avais ressenti la première fois, quand j’étais petite. Se laisser porter par la force du conte, son intemporalité, ses vérités toujours fortes.

* Ecouter Raphaël Enthoven commenter Virginia Woolf dans Le Gai Savoir en tricotant. Inscrire  « Relire Mrs Dalloway  et la correspondance de Virginia et Vita » dans son petit carnet « bonheurs à cultiver ».

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