Archives mensuelles : septembre 2014

Toss

« And on, and on we’ll strive
We will survive though we falter and on, and on we’ll search until we find our way back home.
And on, and on and on, we’ll grow strong. »

vue du gite 2

Tout autour, ça tourne, se bouscule, s’effondre et se reconstruit, un peu branlant ou bien solide comme le granit. Ça virevolte et ça tangue dans une série de danses improvisées. Comme une marionnette folle, qui bat des bras en tous sens, un tourbillon sans fin. Des liens se défont, des sentiments fantômes s’envolent, d’autres se construisent, ou surgissent comme des feux follets. La marée de la vie, tantôt douce, tantôt forte.

Au milieu, je piétine dans mon cercle d’argile. Comme à la chasse aux papillons, mon filet est percé. J’attire des petits morceaux de rien, des petits morceaux de tout, ça chatouille sur la peau ou sous la langue, ça pique parfois, ça m’emplit et me vide. Une éponge. Ce ne sont pas des choses que je maîtrise, et j’ai cessé de m’épuiser à essayer de la faire. Comme une poignée de sable, tout file entre mes doigts quand je serre le poing, alors je garde les paumes ouvertes, et je souffle doucement.

Là-haut sur les collines verdoyantes, on se surprend à embrasser le silence et la solitude. Le vent fait chanter les arbres, les oiseaux racontent leurs histoires, l’eau s’écoule, imperturbable. La vie trépigne, dans tous les coins, que j’ouvre ou que je ferme les yeux. L’insignifiance de l’existence serre un peu la gorge, et puis dans un grand éclat de rire libère. And on, and on. Ces brins d’herbe, ces grands arbres, ces fleurs, ces écureuils et ces piverts, tous valsant sur le même fil. Dans ce grand Tout, un petit rien.

Respire, ouvre les bras, ouvre ton cœur, crie de bonheur, pleure, hurle de colère.

Vis!

Torn by the Fox of the Crescent Moon

La destination de ces vacances devait être Prague. Les guides de la ville s’empilait sur ma table basse, j’avais trouvé l’utilité à ce carnet noir et blanc : y projeter mon voyage au travers d’adresses, d’itinéraires, de dessins. C’était peut-être trop beau pour être vrai, cette anticipation, pour quelqu’un qui se laisse plus souvent par ses pas qu’elle ne les prévoit. Les projets étant chez moi fait pour être changés et tordus dans tous les sens avant de devenir quelque chose, Prague est restée enfermée dans mon carnet et dans un coin de ma tête, et mon corps s’en est allé, avec celui du Barbu, fouler les pistes forestières de la Corrèze.

Je ne suis pas à une contradiction près : préparer une escapade en pleine ville et terminer le nez dans l’herbe en pleine campagne.

vue du gite 3

L’arrivée jusqu’à la Maison Minuscule s’est faite par les plus petites routes imaginables. A mesure que nous nous rapprochions de notre destination, la route se faisait plus étroite, plus tortueuse, et le paysage autour plus présent. Les arbres jetaient leurs branches des par et d’autre d’un lacet de bitume, nous plongions dans le vert. J’ai du répéter « c’est beau » une centaine de fois, en écarquillant toujours un peu plus les yeux. Comme en Écosse quatre ans plus tôt. La traversée de la vallée de la Glencoe, les couleurs irréelles sur la landes – du doré au vert bronze, suivant la lumière et d’altitude – et cette maison blanche, au milieu du rien. L’espace nous dévorait à chaque mètre parcouru.

P1010811A l’arrivée, une Maison Minuscule. Grande table en bois brun, poutres, murs épais en pierre, un lit sous les toits et les oiseaux comme voisins. Pas de canapé, pas de connexion internet, pas de télévision ou de radio. Aucun bruit parasite qui empêche de penser et d’être soi-même. Du temps et de l’espace, un luxe incroyable, un remède miraculeux.

balade ussel 5

Lecture, tricot, jeu de carte, marche, découverte d’un territoire plein de relief, de forêts, de belles vaches et d’eau. La sensation d’être chez soi, parce que chaque parcelle du Dehors résonne avec le Dedans. Ralentir son rythme, imaginer les conversations que les oiseaux entretiennent du matin au soir, juste là, sous la fenêtre, savourer le bonheur du grand air, se retrouver entre amoureux, comme au premier jour, tisser et retisser des morceaux de soi.

P1010799( A venir : les lectures, l’arrêt Mémoire du retour, la difficulté de revenir, les envies pour la suite)