Archives mensuelles : juillet 2012

We Start To Drift

 

* L’odeur du foin. Réminiscences des heures passées à suivre mon père et mon oncle, pour faucher, botteler, et ramasser l’herbe coupée. L’odeur des grandes vacances. Je profite des rares moments de soleil pour lire ou tricoter, assise sur le vieux banc devant la maison. Les souvenirs déferlent par vague: le vieux Someca récalcitrant, la botteleuse orange, la grande remorque attelée au vieux tracteur Renault rouge, les verres de vin servis en bout du champs, dans les petits verres de cave ramenés pour l’occasion, la ficelle bleue lagon, le hangar qui se remplit. Ca fait sourire mon père « tu te rapelles quand je te disais de ne rien dire à ta mère ? » oui, je me souviens. Tu allais me couper les oreilles en petits morceaux. « Elle savait quand même ». Silence partagé, à l’évocation de l’Absente.

* D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vécu avec des chats. Des chats de ferme qu’on ne pouvait pas toucher mais qui peuplaient l’étable, les hangars, la cour, comme autant d’ombres noires. Des chats de gouttière ronronnant, qui volaient le beurre sur la table, ou la viande en train de cuire sur la gazinière. Des siamois, des noir et blanc, des tigrés, des écailles de tortues. Des petits mignons, des gros patauds, des fins chasseurs, des ronds câlins, une tipotée de chats, tous liés les uns aux autres par un parent. Jusqu’à la mort de mon vieux chat il y a deux ans. Deux années à ne plus pouvoir imaginer un griffu sous d’autres traits que les siens. A entendre son miaulement, à s’attendre à voir surgir sa bouille derrière la porte, à sentir son poids contre mes jambes. Son fantôme était trop présent pour laisser la place à d’autres. Et puis une petite tornade blanche surgit et remplit tout l’espace. Comment ai-je pu vivre si longtemps sans un chat?

* Tout le travail accompli en une année, enfin reconnu par ma Grand Duc. Du bout des lèvres, mais quand même. Il ne manque plus que tout le reste suive, à commencer par la fiche de paie. Contacts pris avec d’autres Grands Ducs et Chouettes Effraie, pour assurer l’avenir. S’enlever la boule au ventre et retrouver des nuits calmes. Se dire que l’avenir ne doit plus faire aussi peur. Mourir d’angoisse quand même, et se relever. Avancer, pour moi et pour lui.

* Réapprivoiser l’écriture. Longue respiration et plongée dans la page blanche. Une, deux, trois pages. Ecriture automatique, poésie, prose. Jouer de nouveau, travailler aussi, exercices imposés. Revivre.

Havane, 2 mois 1/2