Archives mensuelles : juin 2012

The Bells of Acheron

Comme des nuages blans dans mon ciel, j’ai des voeux plein la bouche.

J’aimerais tellement qu’il trouve rapidement du travail, pour lui, pour nous. J’aimerais qu’il « grandisse » un peu, mais je ne veux pas qu’il perde sa naïveté attendrissante.  C’est difficile de se projetter parfois. Envie de lui, envie de nous, envie d’avenir.

Je voudrais plus d’espace, plus de verdure, plus de tranquilité. Avoir le ciel pour voisin et la pelouse pour moquette. Respirer, dans tous les sens possibles.

Souvent, j’aimerais être ailleurs. Dans ma bulle, dans la sienne, ou la leur. Coupée de l’agitation insensée et inutile. Une marionnette accrochée à son clou.

J’ai la nostalgie de tout ce que je ne lirais jamais. Infime temps imparti à un esprit trop curieux. J’aimerais que le temps ralentisse, et que les livres m’engloutissent.

J’ai hâte d’accueillir une petite boule de poils que j’espère ronronnante. Havane la bien nommée, qui viendra mettre de la vie dans ma petite cage urbaine. Chat pour chat, moustache à peau.

Un peu, beaucoup, à la folie, le ciboulot turbine.

Et si? Et si? Et si?

Mais c’est ici et maintenant.

Pic by Imagineccentricity

 

Sure Got Cold After The Rain Fell

*« Placez-vous dans l’état le plus passif ou réceptif que vous pourrez… écrivez-vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas vous retenir et ne pas être tenté de vous relire ». André Breton 

Des cailloux plein mes poches. Des gros, des gris, des blancs, de petits, des noirs et quelques débris verts. Des guirlandes de poussière sous les paupières. A garder les yeux ouverts tout le temps, j’attrappe des crampes aux cils et des idioties plein les pupilles. Ricochets sur la couette, ricochets dans ma tête. Je tourne en rond comme un poisson, je tourne les pages de mon livre, je tourne mes rêves en moi-même. La petite bête qui monte, qui monte, qui monte… et qui dévore les nuits, les unes après les autres. 

Je voudrais pousser les murs jusqu’en dehors de la ville, inviter l’herbe folle sous mes pieds. N’être rien qu’une fleur des champs, agacée aux quatre vents.  Mais j’ai des cailloux plein les poches, qui font comme une ancre de fortune. Alors j’enfile mes pensées comme les perles d’un long collier. Un puzzle sans fin.

Sourire convoqué sur le coin des lèvres pour faire oublier le noir du regard. Je glisse mes mains sur son corps pour que l’ancre ne m’entraine pas au fond du lit, au fond de la vie. Dans mes poches, ça cliquète, je transforme les vilaines pierres en petite monnaie. Relancer la machine. Une chanson après l’autre, du blues après la pluie, du doom avant la nuit. Je collectionne les bouts de phrases pour en faire des tableaux vivants. Levée du corps, levée des secrets périmés.

Des mots plein les doigts, qui font comme de l’encre.

Empreintes et divagations.

Image

Pic by Thresca 

A Promise

A la sortie de l’église, tout s’arrête une fois le véhicule gris parti. Des groupes se forment sur le parvis, costumes noirs, tenues du dimanche pour les dames. Poignées de mains, bises, des mots murmurés à celle vers qui tout le monde s’avance. Je me tiens entre mon frère et mon papa. On a les mêmes tics : les mains qui s’agitent toutes seules, se tordent. J’essaie de saluer tout le monde, mais ils sont peu à me reconnaître alors qu’ils entrent en conversation à l’instant même où ils croisent le regard de mes compagnons d’attente. Injustice de l’âge, ils n’ont de souvenirs de moi qu’enfant. Je pourrais ne pas être là que ça ne changerait rien. Ca ne change rien de toute façon, qui est ici, qui ira là-bas l’après-midi, qui a acheté des fleurs ou qui a lu quelque chose pendant la cérémonie. Ca ne ramènera celui qui repose à l’arrière du véhicule gris et dont le corps sera livré aux flammes. Celui qui, le lundi, allait aux courses de chevaux et y croisait mon papa et qui, le lendemain, s’effondrait dans sa salle à manger. Ca n’enlève pas la peine des épaules de son épouse et de ses enfants,celle de ses beaux-frères, de ses neveux et nièces, de ses amis.

Plus tard dans la semaine, dans une autre église, personne n’entend ce que le prêtre dit, mais ça n’a pas vraiment d’importance. On mime les chants, on regarde en riant celui qui doit lire un poème, et on se pend aux lèvres de ceux qui se disent « oui! ». Sur le parvis de l’église, des groupes se forment aussi, tout le monde est endimanché et souffre du soleil. On fait attention de ne pas marcher sur la robe blanche, et les félicitations fusent. Des bulles dans l’air et des sourires, sur toutes les lèvres. Toute la journée placée sous le signe de l’aventure. La vie qui se célèbre autour des tables rondes puis sur la piste de danse. La vie qui palpite et qui emporte tout sur sa route.

Mais la mort trouve toujours un passage, même infime. Une infiltration permanente. Il en parle comme de la dernière blague de son père. Se coucher en vie et ne pas se réveiller. Partir sans bruits quand toute sa vie il était le premier à en faire. La dernière vague de la marée noire de la semaine. On le surveille tous du coin de l’oeil, parce qu’il fait comme si de rien n’était. Il n’imagine pas à quel point j’ai envie de le serrer dans mes bras. Pour lui dire que je suis là, et pour me rassurer aussi. Parce qu’il est en train de vivre la plus vive et la plus douloureuse de mes propres angoisses. Parce qu’en une semaine et autant de décès, je ne peux pas m’empêcher de projeter le jour où mon propre père tirera sa révérence. Prise au milieu d’un tourbillon d’émotions contradictoires, je me noie. Egoiste petite fille.

C’est la vie, dans toute sa beauté et toute sa cruauté.

Twisted

Pic by Haupia

Talk about a fresh start!

On recommence tout, comme une autre naissance. Six ans et quelques mois d’écriture, partis en fumée, comme la relation qui les a vus grandir. On retrousse ses manches et on reconstruit. L’échaffaudage est un peu branlant, mais on applique la nouvelle peinture courageusement.

Tout s’est terminé un an et demi plus tot, il lui en aura fallu du temps pour m’effacer de la surface.

Qu’à celà ne tienne!

On y retourne, pour causer musique, littératures ou simplement soulever un morceau du voile et écrire comme on respire.

Vogue la galère!